La relation thérapeutique de Carl Rogers
- sbazotphilautia
- 9 déc. 2025
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Une posture d'égalité
La psychothérapie selon Rogers vise à traiter l’autre comme une personne égale à qui l’on offre les moyens de développer sa créativité. Le principe central d’acceptation inconditionnelle du client s’inscrit dans cette perspective. Le dispositif de face-à-face qu’il privilégie vise précisément à instaurer une position égalitaire entre les deux protagonistes.
Les fondements éducatifs
Dans sa posture d’éducateur, Rogers considère que l’élève doit découvrir par lui-même, développer son esprit d’investigation et nourrir sa curiosité. Lorsqu’on reconnaît chez l’enfant l’existence de capacités prêtes à se développer, on dispose d’une base solide pour construire : efforts et intérêts s’harmonisent, et l’effort n’est plus vécu comme une corvée.
Affectivité et élan vital
Rogers accorde une grande importance à l’affectivité dans le processus éducatif. Sa philosophie repose sur l’instinct d’accomplissement et sur la tendance actualisante propre à tout organisme vivant, qui le pousse à croître, se développer et réaliser ses potentialités. L’approche centrée sur la personne cherche ainsi à libérer cet élan vital.
Sécurité et appropriation
Le thérapeute doit offrir au client un climat de confiance affective lui permettant de se développer personnellement et d’actualiser les potentialités présentes en lui. Rogers écrit dans Le développement de la personne : « J’en suis arrivé à croire que les seules connaissances qui puissent influencer le comportement d’un individu sont celles qu’il découvre lui-même et qu’il s’approprie. »
Authenticité et transformation personnelle
En instaurant une relation authentique et en aidant l’autre à devenir lui-même, la personne accède à une existence plus authentique et développe également des relations plus vraies avec sa famille, ses amis ou ses collègues, ce qui profite ultimement à la société dans son ensemble.
Aider l’autre à être lui-même constitue l’objectif fondamental : il ne s’agit pas de donner des conseils, mais d’accompagner le client afin qu’il découvre ce qu’il veut vraiment, ce qui suppose qu’il comprenne qui il est réellement.
Non-directivité et autonomie
Dans sa pratique, Rogers ne cherche ni à établir un diagnostic ni à donner des directives. Le processus thérapeutique vise plutôt la construction de soi (plutôt que de l’image intériorisée de ce que l’on croit devoir être). La personne choisit alors les objectifs qu’elle souhaite poursuivre et cesse d’être le simple reflet des attentes d’autrui. Ce cheminement conduit progressivement le client vers l’autonomie.
Devenir soi-même, c’est faire sa propre expérience et développer une tolérance nouvelle envers les aspects d’elle-même qu’elle rejetait auparavant.
L’attitude d’acceptation inconditionnelle du thérapeute, soutient ce processus de compréhension de soi chez le client et de renforce sa responsabilisation.
Liberté d’expression et exploration intérieure
Le client doit se sentir libre de répondre à sa manière aux difficultés que la vie présente. Le rôle du thérapeute consiste à créer un espace et un climat favorables à l’approfondissement des problèmes et à la mise en lumière des relations.
Son respect, son ouverture et son écoute bienveillante encouragent l’expression libre des sentiments, notamment négatifs. Permettre cette expression facilite pour le client l’acceptation du fait que ces sentiments existent en lui, évitant qu’il ne les projette sur autrui ou ne les masque par des mécanismes de défense.
La personne doit pouvoir se comprendre telle qu’elle est. Le processus thérapeutique n’implique aucun jugement moral. Libéré de ses défenses, l’organisme tend naturellement vers un développement harmonieux.
Intégration, autonomie et congruence
Au fil du processus thérapeutique, le client voit sa peur diminuer et son autonomie croître. Il finit par pouvoir se passer du thérapeute.
Il atteint alors la congruence : la capacité d’affronter son expérience avec lucidité. La congruence rend possible une connaissance authentique de soi et d’autrui.
Empathie : comprendre sans fusionner
L’empathie constitue un processus de connaissance impliquant la conscience de l’altérité du client. Il s’agit de voir les choses comme l’autre les voit, sans jugement ni évaluation, et de comprendre les événements de sa vie telles qu’il les comprend. L’empathie suppose également une forme d’affection.
Cette capacité permet d’entrer suffisamment dans l’univers de l’autre pour saisir ses non-dits, y compris ceux qu’il ne perçoit pas encore lui-même, et pour éclairer des significations dont il n’a pas conscience.
Rogers distingue toutefois l’empathie de la fusion. Il ne s’agit jamais de ressentir les mêmes émotions que l’autre, de se projeter en lui ou de revivre intérieurement ce qu’il vit. Rogers insiste sur la nécessité, pour le thérapeute, de rester lui-même lorsqu’il exerce cette compréhension empathique.
Tiré de la lecture de « Les fondements philosophiques de la pensée de Carl Rogers » de René Daval, 2008
